L'intérieur de l'église, réalisé entre 1762 et 1776, est un témoignage exceptionnel de l'art baroque méridional
En 1761, les frères Jean-Baptiste Goulard (curé de Lachapelle de 1746 à 1787) et Jean Goulard (vicaire à partir de 1754) entreprirent de doter leur église d'un nouveau decor grâce à un important héritage paternel. Issus d'une famille de notables fortunés — dont on retrouve le nom à Lectoure — ils eurent les moyens de leurs ambitions.
Le curé Jean-Baptiste avait étudié la théologie et été ordonné prêtre à Rome — ce qui explique peut-être le choix d'un décor rappelant les églises romaines. Une tradition locale, encore vivante il y a cinquante ans, voulait qu'une messe soit célébrée chaque année à leur mémoire.
Les recherches d'Agnès Clouzet-Llorens (1993) dans les Archives diocésaines et les registres de catholicité ont permis de retracer leur chronologie : Jean-Baptiste Goulard signe comme curé dès le 24 septembre 1746 ; son frère Jean devient vicaire en 1754, sous l'épiscopat de Mgr de Narbonne-Pelet. En 1784, l'évêché de Lectoure nomme un coadjuteur, M. Dufour, car le curé Goulard est devenu impotent. Sa signature disparaît en 1787.
L'artisan qui réalisa l'essentiel du decor entre 1761 et 1776 est identifié par une inscription gravée au-dessus de la porte d'entrée intérieure :
« FECIT B. MARAIGNON D. CHAMPAIGNE MINUTARIUS SCULPTOR 1776 — PASTORIBUS ANIMARUM J*B*I*J*J* GOULARD FRATRIBUS M. ABADIE INAURAT »
Bertrand Maraignon, dit Champaigne, était un menuisier-ébéniste de Lectoure. L'artiste doreur M. Abadie exécuta les dorures — sans qu'on puisse le retracer dans les archives locales. Le decor fut achevé en 1776.
Formation d'ébéniste, Maraignon excellait dans les motifs décoratifs : chaque feuille, fleur et palmette diffère des autres, témoignant d'une maîtrise remarquable du bois. En revanche, le travail figuratif (putti, scènes de l'Annonciation et de la Visitation) reste plus schematic — les restaurations du XIXe siècle ont également noyé les attitudes dans la dorure.
Les tribunes à courbes et contre-courbes sur trois étages constituent l'originalité majeure de l'église. reservas aux hommes, elles forment un ensemble sans équivalent connu dans un large rayon. Le rythme de l'élévation crée un véritable quadrillage : verticales (pilastres et chapiteaux) s'opposant aux horizontales (balustrades sur trois niveaux).
Style rocaille dans l'air du temps — le midi ayant conservé plus longtemps le goût pour un art exubérant — mais les travaux (1761-1776) démarrèrent alors que Paris passait déjà au néoclassique. « L'église devient palais, débordante de vie et de dorure » (Clouzet-Llorens).
Source : Agnès Clouzet-Llorens, La paroisse et l'église de Lachapelle au XVIIIe siècle, Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. 118, 1993.
Des courbes et contre-courbes caractéristiques du style rocaille, bien que postérieur à la mode de ce style
Deux étages de tribunes convexes et concaves —unique dans la région— prévues pour accueillir les paroissiens
La richesse du décor s'inspire des décisions de la Contre-Réforme — la Compagnie de Jésus accordait une grande place aux actions théâtrales
Cette décoration est unique dans tout le Sud-Ouest — un mariage réussi entre tradition locale et influences romaines
Toutes les figures publiées par Agnès Clouzet-Llorens dans le Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne (1993)
Agnès Clouzet-Llorens, « La paroisse et l'église de Lachapelle au XVIIIe siècle », Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. 118, 1993, pp. 17-32. Reproduit avec l'aimable autorisation de la Société archéologique.